27 septembre 2021

Argentine : une lagune est devenue rose à cause de la pollution chimique

Le sulfite de sodium, qui permet aux nombreuses entreprises de pêche opérant en Patagonie de conserver les langoustines avant leur exportation, est à l’origine de ce phénomène.

Une eau est devenue rose fuchsia à cause de la pollution, ce qui inquiète les populations locales. Une lagune située dans le sud de l’Argentine a gardé, lundi 26 juillet, une teinte surprenante, due au déversement de produits chimiques par l’industrie de la pêche dans la région. « Pour nous, c’est l’image de la négligence des autorités de la province. Ceux qui devraient contrôler sont ceux qui permettent l’empoisonnement des gens », a dénoncé l’écologiste Pablo Lada, interrogé par l’Agence France-Presse.

« La couleur rougeâtre ne cause pas de dommages et dans quelques jours elle disparaîtra », a déclaré la semaine précédente Juan Micheloud, responsable du contrôle environnemental de la province. Selon lui, une entreprise transportant des effluents d’entreprises de pêche avait « été autorisée à déverser des liquides dans la lagune de Corfo ».

« Il n’est pas possible de minimiser quelque chose d’aussi grave », a déclaré Sebastian de la Vallina, responsable de la planification dans la municipalité de Trelew. La lagune, qui couvre 10 à 15 hectares, est située à 30 kilomètres de Trelew, une ville de 120 000 habitants, dans la province de Chubut est victime de cette pollution..

lagune rose argentine

La teinte surprenante s’explique par la présence de sulfite de sodium, un agent de conservation antibactérien utilisé pour stocker les langoustines avant leur exportation, qui a contaminé les eaux souterraines de la rivière Chubut. Les habitants de la région se sont également plaints d’odeurs nauséabondes et d’infestations d’insectes à cause de cette pollution.

Une pratique qui cristallise les tensions entre les industriels et les populations locales.

Ce n’est pas la première fois que cette rivière prend cette couleur, car le fleuve Chubut est un site habituel de déversement de produits chimiques par les entreprises industrielles de la région. Mais cette pratique est devenue, ces dernières semaines, un sujet de discorde dans la ville voisine de Rawson, capitale de la province de Chubut, alimentant les revendications en faveur de la lutte pour la préservation de l’environnement.

Lassés des pollutions répétées et de ne pas être entendus, les habitants du quartier défavorisé Area 12 de Rawson ont bloqué le passage des camions transportant ces déchets dans leurs rues.

« Ces liquides sont déversés sans aucun traitement dans de grands étangs artificiels construits dans l’urgence pour des entreprises de pêche », explique Pablo Lada, membre de l’ONG antinucléaire de Chubut. Ces polluants « s’infiltrent dans la nappe phréatique. Nous parlons de dizaines de camions par jour », a-t-il ajouté.

Empêchés de se débarrasser de leur cargaison à Rawson, les pêcheurs ont opté pour une solution alternative : demander une autorisation temporaire pour les déverser dans la lagune de Corfo, qui n’a jamais bénéficié d’un quelconque intérêt touristique ou récréatif. Cette initiative a déclenché un conflit entre les districts de Chubut et de Trelew à cause de la pollution de cette dernière.

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pollution argentine

La réglementation de Chubut oblige les entreprises spécialisées dans la pêche à l’exportation – notamment la langoustine et le merlu – à préparer leur marchandise sur place. Cela a permis de créer plusieurs milliers d’emplois directs dans une province en proie à des années de crise économique et politique.

Des dizaines d’entreprises à capitaux étrangers opèrent dans cette zone de pêche située dans les eaux de l’océan Atlantique sous juridiction argentine. « Ces entreprises gagnent des millions et ne veulent pas payer le transport de ces effluents vers une station d’épuration à Puerto Madryn, à 60 kilomètres de là, ni construire une station d’épuration plus proche », déplore Lada.

L’Argentine se cherche un modèle agricole

Entre production intensive destinée à l’exportation et culture à petite échelle plus respectueuse de l’environnement, le gouvernement péroniste peine, face aux pressions, à fixer un cap.

 » Si le campo [l’agriculture] se porte bien, le pays se porte bien « . L’adage, bien connu en Argentine, révèle l’importance des secteurs agricole et agroalimentaire, qui représentent en 2018 plus de 60% des exportations argentines et près de 10% du produit intérieur brut. L’agriculture est l’un des principaux moteurs de l’économie de cet immense État, dont les surfaces cultivables s’étendent bien au-delà de la Pampa humeda, cette grande zone fertile qui traverse six provinces au centre du pays. Il serait critique qu’une forte pollution s’installe dans ces zones.

Bonne nouvelle pour le secteur : l’année 2021 a commencé par une forte hausse des prix des matières premières, notamment du soja, dont l’Argentine est le troisième producteur mondial. Mais l’année a aussi commencé par de fortes tensions entre le gouvernement et les principaux producteurs agricoles, contrariés par les rumeurs d’une possible augmentation des taxes sur les exportations.

lagune rose

Le gouvernement – qui n’a pas répondu aux multiples sollicitations du Monde – est confronté à un dilemme : d’un côté, il a un besoin impérieux de devises étrangères obtenues grâce aux exportations, pour faire face à la crise que traverse l’Argentine et alors qu’elle est en pleine renégociation de sa dette avec les créanciers internationaux, le FMI en première ligne. D’autre part, les autorités veulent éviter une flambée des prix sur le marché intérieur, dans un pays qui n’arrive pas à se débarrasser de son taux d’inflation annuel à deux chiffres.

Retour en arrière

Les taxes à l’exportation sont la source d’un bras de fer quasi permanent entre les producteurs et l’État. Elles s’élèvent actuellement à 33% pour le soja et 12% pour le maïs et le blé. « Le secteur agricole n’est considéré par le gouvernement que comme une source de recettes fiscales, et non comme un secteur pouvant générer davantage de ressources pour l’Argentine, notamment grâce aux exportations », explique Jorge Chemes, président des Confédérations rurales argentines (CRA), l’une des principales fédérations agricoles les plus militantes.

Les conséquences de la pollution de l’eau sont sous-évaluées, déclare la Banque mondiale

Dans son dernier rapport, l’institution se penche sur l’impact environnemental, sanitaire et économique de deux polluants universels, les nitrates et le sel.

« Jusqu’à présent, le monde s’est concentré sur les problèmes de quantité d’eau – comme les sécheresses ou les inondations et aussi pollution – car ce sont des événements que l’on peut observer. La qualité de l’eau, en revanche, reste un problème invisible. » Le constat est fait par l’économiste de la Banque mondiale Richard Damania, qui consacre son dernier rapport, publié mardi 20 août, à cette réalité indétectable à l’œil nu.

lagune polluée

Quelques chiffres sont connus. Selon l’Organisation mondiale de la santé et l’Unicef, 844 millions de personnes n’ont pas accès aux services de base d’eau potable, 1,8 milliard de personnes boivent de l’eau non nettoyée, sans protection contre la contamination fécale dangereuse pour la santé, et 4,5 milliards de personnes n’ont pas accès à des « toilettes sûres » – qui ne sont pas partagées avec d’autres ménages et dont les déchets sont traités et éliminés.

« Bien que les menaces liées à un faible accès à l’eau, à un mauvais assainissement et à une mauvaise hygiène soient encore importantes, elles ont tendance à diminuer progressivement à mesure que l’économie [d’un pays] se développe », indique la Banque mondiale.

Prolifération d’algues

Mais les bactéries et les virus fécaux sont loin d’être les seuls à contaminer les sources d’eau. Il existe d’autres polluants qui ne diminuent pas malgré la prospérité et la croissance économique. La mauvaise qualité de l’eau est un problème que l’on retrouve aussi bien dans les pays riches que dans les pays pauvres », déclare Richard Damania, coauteur du rapport. Mais la nature des polluants de l’eau change en fonction de la richesse du pays. » La Banque mondiale a choisi de se concentrer sur l’étude de l’azote et du sel, les polluants les plus courants.

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