9 décembre 2021

Projet pegasus : Emmanuel Macron visé par le logiciel espion ?

Le président de la République ferait partie des 50 000 numéros de téléphone surveillés par le logiciel israélien Pegasus. Une information démentie par le géant israélien de la cybersécurité NSO.

Un haut responsable du géant israélien de la cybersécurité NSO a affirmé mercredi 21 juillet que le président français Emmanuel Macron n’avait pas été visé par son logiciel controversé Pegasus, au cœur d’un scandale d’espionnage mondial qui a poussé l’ONG Reporters sans frontières à demander un moratoire sur ses ventes. Forbidden Stories et Amnesty International ont obtenu une liste de 50 000 numéros de téléphone, sélectionnés par les clients de NSO depuis 2016 pour une surveillance potentielle, et l’ont partagée avec un consortium de 17 médias qui ont révélé son existence dimanche.

emmanuel macron

Le président français Emmanuel Macron, le roi du Maroc Mohammed VI et le Premier ministre pakistanais Imran Khan figurent sur la liste des cibles potentielles de Pegasus, tout comme plus de 180 journalistes dans le monde qui auraient été espionnés par différents États ayant eu accès au logiciel de NSO. Inséré dans un smartphone, Pegasus permet de récupérer des messages, des photos, des contacts, et d’activer des micros à distance.

Mercredi, Chaim Gelfand, un haut responsable du groupe, a déclaré à la chaîne I24 news basée à Tel Aviv : « Je peux vous dire avec certitude que le président Macron n’était pas une cible […] Il y a certains cas qui ont été révélés, qui nous dérangent ». Il a ajouté : « Nous essayons toujours de déterminer tous les faits et cela remonte à plusieurs années, il faut donc du temps pour tout passer en revue. Le fait qu’un journaliste ou un activiste ait été visé par un système comme celui-ci est automatiquement considéré comme un abus.

Peu après, le groupe basé à Herzliya, une ville verdoyante au nord de Tel Aviv, s’est dit victime d’une campagne « vicieuse et calomnieuse » et a annoncé dans un communiqué qu’il ne répondrait « plus aux questions des médias » sur l’affaire Pegasus. « NSO est une entreprise technologique. Nous n’exploitons pas les systèmes, et nous n’avons pas accès aux données de nos clients, mais ils sont obligés de nous fournir ces informations en cas d’enquête », a ajouté le groupe, précisant que le fait qu’un nom figure sur la liste des 50 000 « ne signifie pas nécessairement qu’il a été ciblé par Pegasus ».

Un moratoire ?

L’organisation de défense de la liberté de la presse Reporters sans frontières (RSF) a demandé mercredi 21 juillet au gouvernement israélien d’imposer un moratoire sur la vente de ce logiciel espion. Pegasus n’est pas conçu pour protéger les systèmes informatiques, mais pour les infiltrer. Il est considéré comme un produit de cybersécurité offensive et doit donc recevoir le feu vert du ministère israélien de la Défense avant de pouvoir être vendu à des pays tiers, au même titre qu’une arme.

pegasus

« Les logiciels développés par des entreprises israéliennes comme le Pegasus de NSO impliquent clairement l’État d’Israël. Même si les autorités israéliennes n’ont joué qu’un rôle indirect, elles ne peuvent échapper à leur responsabilité », a déclaré RSF dans un communiqué. « Nous demandons au Premier ministre (israélien) Naftali Bennett d’imposer immédiatement un moratoire sur l’exportation des technologies de surveillance jusqu’à ce qu’un cadre réglementaire protecteur soit établi », a déclaré Christophe Deloire, son secrétaire général.

Contacté par l’AFP, le bureau de Naftali Bennett, n’a pas répondu. Ancien ministre de la Défense qui a fait fortune dans la haute technologie avant de se lancer en politique, ce dernier a défendu mercredi ce secteur en plein essor en Israël sans commenter le dossier de l’ONS. « Pour chaque 100 dollars investis dans la cyberdéfense dans le monde, 41 dollars sont investis dans des entreprises israéliennes », a-t-il déclaré, attribuant la prospérité locale du secteur aux unités d’élite de l’armée qui servent d’incubateurs aux startups locales.

Projet Pegasus : des centaines de politiciens ciblés dans le monde, dont 12 chefs d’État ou de gouvernement

Emmanuel Macron n’est pas le seul président à avoir été ciblé. Au total, ce sont les smartphones de douze chefs d’État ou de gouvernement – dans l’exercice de leurs fonctions – qui ont été visés. Suite des révélations d’Histoires interdites et de ses partenaires médias, dont la cellule d’investigation de Radio France.

>

Il y a 12 chefs d’Etat ou de gouvernement en fonction qui ont été ciblés par le logiciel espion Pegasus. Parmi les chiffres ciblés, et vérifiés par Project Pegasus, figurent trois présidents en exercice – Emmanuel Macron en France, Barham Salih en Irak, Cyril Ramaphosa en Afrique du Sud, le roi Mohammed VI du Maroc, et deux premiers ministres, également en exercice : Saad-Eddine El Ohtmani au Maroc et Imran Khan au Pakistan.

Six anciens premiers ministres ont également été visés alors qu’ils étaient en fonction : Edouard Philippe en France, Charles Michel en Belgique, Ahmed Obeid bin Daghr au Yémen, Saad Hariri au Liban, Ruhakana Rugunda en Ouganda et Noureddine Bedoui en Algérie.

emmanuel macron

Sans avoir effectué d’analyse technique sur les téléphones concernés, il n’est pas possible de savoir s’ils ont été infectés par le logiciel espion israélien. Une fois installé sur un smartphone, cet espion est capable de collecter un grand nombre d’informations, comme des SMS, des emails, mais aussi d’activer le micro et la caméra de l’appareil à l’insu de ses victimes.

Au Mexique, où Pegasus a longtemps été massivement utilisé par les agences gouvernementales, l’ancien président Felipe Calderon a été ciblé par le logiciel de NSO après avoir quitté ses fonctions. En revanche, au Burundi, le Premier ministre Alain-Guillaume Bunyoni a été ciblé en 2018, avant de prendre ses fonctions.

Plusieurs centaines de fonctionnaires ciblés dans le monde
Au total, les numéros de plus de 650 dirigeants politiques et responsables gouvernementaux de plus de 34 pays ont été sélectionnés comme cibles, notamment en Afghanistan, au Congo, en Égypte, en Inde, au Mali, au Rwanda, en Arabie saoudite et au Togo.

Et les chefs d’État ne sont pas les seuls à être visés : leur entourage l’est également. Pendant la campagne présidentielle remportée en 2018 par le Mexicain Andrés Manuel Lopez Obrador, sa femme, ses fils, ses assistants, des dizaines d’alliés politiques, son chauffeur personnel et même son cardiologue ont été visés par Pegasus. Les organisations internationales n’ont pas non plus été épargnées : le numéro du directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a été visé en 2019, ainsi que les téléphones de plusieurs diplomates et ambassadeurs des Nations unies.

Qui est derrière ce ciblage ?

Dans le cas de Felipe Calderon et Lopez Obrador, il s’agit d’un service de sécurité mexicain. Quant aux numéros de Charles Michel, Emmanuel Macron, Édouard Philippe, et de nombreux hommes politiques français, ils ont été ciblés par le client marocain de NSO, qui a ciblé une très grande majorité – plus de 10 000 – de numéros marocains. Le même service a également ciblé le roi Mohammed VI, le directeur général de l’OMS, mais aussi des téléphones algériens.

Contactées par le Pegasus Project, les autorités marocaines ont déclaré ne pas comprendre le but de notre enquête, ajoutant qu’Amnesty International n’avait jamais pu prouver que les attaques logicielles provenaient du Maroc. Le Premier ministre pakistanais Imran Khan a été pris pour cible par le client indien de NSO.

L’opérateur rwandais de Pegasus a ciblé les chefs d’État d’Afrique du Sud, du Burundi et de l’Ouganda. Enfin, les Premiers ministres irakien et libanais ont été visés par deux opérateurs apparemment originaires du Golfe, l’un ciblant principalement des téléphones émiratis, l’autre des numéros saoudiens.

Le démenti de l’ONS

L’espionnage de chefs d’Etat par les clients de NSO contrevient à la politique de la société israélienne, qui assure dédier ses outils à la sécurité intérieure et à la lutte contre la criminalité. De son côté, « NSO Group dément fermement les fausses accusations portées dans votre enquête », écrit la société contactée par le Pegasus Project.

Ces accusations sont en grande partie des théories non fondées, qui jettent un sérieux doute sur la crédibilité de vos sources, ainsi que sur le cœur de votre enquête. Vos sources vous ont fourni des informations qui ne reposent sur aucune base factuelle, comme en témoigne l’absence de preuves à l’appui de nombre de vos accusations. »

Toutefois, l’entreprise déclare qu’elle « continuera à enquêter sur les allégations crédibles d’utilisation abusive [de son logiciel] et agira en fonction des résultats de ces enquêtes ». Cela pourrait inclure la fermeture de l’accès de certains clients au système. NSO a montré qu’elle est capable et désireuse de faire, en cas d’abus confirmé, ce qu’elle a fait dans le passé et qu’elle n’hésitera pas à faire à nouveau. »

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *