28 juillet 2021

Madagascar : tentative d’assassinat du président Andry Rajoelina, deux français arrêtés.

Six personnes ont été arrêtées après avoir fomenté « un plan visant à éliminer diverses personnalités malgaches dont le chef de l’Etat » Andry Rajoelina, ont indiqué les autorités locales.

Un projet d’assassinat du président malgache Andry Rajoelina a été déjoué et six personnes arrêtées, dont deux Français, ont annoncé mercredi la justice et le gouvernement malgaches.

« Plusieurs ressortissants étrangers et malgaches ont été arrêtés mardi dans le cadre d’une enquête sur un projet d’atteinte à la sûreté de l’État » (assassinat du chef d’Etat), a déclaré mercredi soir le procureur général Berthine Razafiarivony devant quelques médias invités.

assassinat madagascar

Un projet encore secret

« Selon les preuves matérielles en notre possession, ces individus ont conçu un plan d’assassinat et de neutralisation de différentes personnalités malgaches dont le chef de l’État », a déclaré le procureur, sans plus de détails sur ces preuves, ni sur le plan conçu, ni sur les circonstances de ces arrestations.

Le ministre de la Sécurité publique, Fanomezantsoa Rodellys Randrianarison, a déclaré jeudi que six personnes avaient été arrêtées dans cette affaire d’assassinat, « dont un étranger, deux binationaux et trois Malgaches ». Et que « la police disposait d’informations sur cette affaire depuis plusieurs mois ».

« Des armes et de l’argent ont été saisis » lors de ces arrestations qui ont eu lieu « au même moment, mais dans des lieux différents ». « Il y a aussi des documents officiels qui prouvent leur implication », a-t-il ajouté. « L’étranger », a-t-il ajouté sans l’identifier, « cachait derrière son activité économique ses projets malsains », a-t-il accusé.

Un président de plus en plus autoritaire

L’opposition a condamné « toute tentative d’assassinat que ce soit contre les dirigeants ou contre quiconque », a réagi Rivo Rakotovao, ancien président par intérim du pays, interrogé par l’AFP. « Il ne faut pas profiter de cette situation pour porter atteinte à la démocratie à Madagascar », a-t-il aussitôt prévenu, alors que l’actuel président contrôle tous les leviers politiques du pays et fait l’objet de critiques, notamment sur la liberté de la presse.

Sur l’identité des deux Français arrêtés de cet assassinat déjoué, l’agence malgache Taratra, sous la tutelle du ministère de la Communication, a indiqué que Philippe F. et Paul R. étaient d’anciens officiers à la retraite.

Selon leurs profils LinkedIn et le fichier des entreprises à Madagascar, Philippe F. est également gérant d’une société d’investissement et de conseil aux investisseurs internationaux à Madagascar. Paul R., un Franco-Malgache, a été conseiller de l’actuel président Andry Rajoelina jusqu’en 2011. Il est répertorié comme conseiller actuel de l’archevêque d’Antananarivo.

Deux décennies de crise

président malgache

Fin juin, la gendarmerie avait déjà annoncé avoir déjoué une tentative d’assassinat contre le secrétaire d’État à la gendarmerie, bras droit du président, le général Richard Ravalomanana.

Pays parmi les plus pauvres du monde, Madagascar a connu de nombreuses crises politiques graves au cours des 20 dernières années. L’île est quasiment verrouillée depuis la pandémie de covidium 19 et la famine qui sévit dans l’extrême sud du pays.

En 2009, le président Marc Ravalomanana, qui avait été abandonné par l’armée, a été contraint de démissionner et de transférer les pleins pouvoirs à un conseil militaire, qui les a remis à Andry Rajoelina. La communauté internationale dénonce un « coup d’État ». Après de nombreux autres épisodes et soubresauts, la justice a validé en janvier 2019 la victoire d’Andry Rajoelina à l’élection présidentielle.

Les médias malmenés

Surnommé « TGV » pour son côté fonceur, ce patron de société de publicité, jusque-là plus connu comme disc-jockey et organisateur de soirées marquantes, était apparu en politique en 2017 lorsqu’il avait remporté la mairie d’Antananarivo.

En décembre dernier, Andry Rajoelina, 47 ans, a pris le contrôle de tous les leviers politiques à Madagascar, en remportant les élections sénatoriales, boudées par l’opposition. Cela en est peut être la cause de cette assassinat déjoué.

Par ailleurs, les pressions, intimidations et menaces se sont multipliées à l’encontre des journalistes de l’île, notamment autour de la pandémie de coronavirus et de la famine dans le sud, dénonce Reporters sans frontières. Neuf émissions de télévision et de radio ont été suspendues en avril sous prétexte qu’elles étaient « susceptibles de troubler l’ordre et la sécurité publics et de porter atteinte à l’unité nationale », ainsi le président est victime de cet tentative d’assassinat.

Présentation de Madagascar

Politique intérieure

Andry Rajoelina

Depuis son indépendance en 1960, Madagascar a connu plusieurs crises politiques (1972, 1991-92, 2001-2002 et 2009-2013). En mars 2009, sous la pression de la rue et de l’armée, le président Marc Ravalomanana démissionne et s’exile en Afrique du Sud. Le maire de Tananarive, Andry Rajoelina, prend la tête de la Haute Autorité de Transition (HAT).

Fin 2013, Hery Rajaonarimampianina, ancien ministre des Finances pendant la transition (2009-2013), remporte l’élection présidentielle. Cependant, le mandat du président Rajaonarimampianina n’a pas été renouvelé par les électeurs malgaches.

Arrivé en tête du premier tour de l’élection présidentielle, Andry Rajoelina (MAPAR) a remporté le second tour (19 décembre 2018) avec 55,66 % des suffrages exprimés. Son rival, Marc Ravalomanana (dont le parti TIM a obtenu 44,34 % des voix) a d’abord contesté les résultats, puis a félicité le vainqueur.

Les deux tours de l’élection présidentielle se sont déroulés dans le calme. Le taux de participation au second tour (48,09 %) a été inférieur à celui du premier (53,95 %). Plusieurs missions d’observation électorale ont été déployées (UE, UA et SADC) et un grand nombre d’ONG de la société civile malgache ont également couvert les quelque 25 000 bureaux de vote (9,8 millions d’électeurs inscrits). Tous les observateurs ont salué le bon déroulement de l’élection, qui a été reconnue comme transparente et équitable. Le président Rajoelina a été investi le 19 janvier 2019 pour un mandat de cinq ans.

Les élections législatives du 27 mai 2019 se sont déroulées dans le calme, en présence de missions d’observation électorale (de la Communauté de développement de l’Afrique australe et de l’Union africaine). Selon les résultats définitifs annoncés par la Haute Cour constitutionnelle le 2 juillet 2019, la plateforme présidentielle IRD ( » tous ensemble pour le Président « ) a remporté la majorité absolue avec 84 sièges sur 151.

Malgré un taux de participation assez faible (40,7%), le président malgache dispose d’une très large majorité à l’Assemblée nationale pour mettre en œuvre ses réformes. Le TIM de Marc Ravalomanana, qui a obtenu 16 sièges, est le principal parti d’opposition. En novembre 2019, la présidence a présenté les 13 axes prioritaires de son plan pour l’émergence de Madagascar 2019-2023, qui vise à rattraper le retard de développement du pays.

Les élections municipales ont eu lieu le 27 novembre 2019. Elles ont été marquées par un très faible taux de participation (33% en moyenne à l’échelle nationale, 23% dans la capitale). À Tananarive, fief du TIM dirigé jusque-là par Lalao Ravalomanana, épouse de Marc Ravalomanana, la candidate de l’IRD, Naina Andriantsitohaina, ancienne ministre des Affaires étrangères, l’a emporté avec 49 % des voix contre la candidate soutenue par le TIM, Rina Randriamasinoro, 45 % des voix, lors d’une élection plus serrée qu’anticipée.

madagascar

Les élections sénatoriales ont eu lieu le 11 décembre 2020 et se sont soldées par une victoire du parti présidentiel (qui a remporté 10 des 12 postes élus, les six autres sénateurs étant nommés par le président). Cette élection a entériné la réforme du Sénat voulue par Andry Rajoelina, qui a décidé par ordonnance de réduire le nombre de sénateurs (de 63 à 18).

Politique étrangère

Madagascar est membre de plusieurs organisations régionales et internationales : la Commission de l’océan Indien (COI), la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), l’Indian Ocean Rim Association (IORA), l’Union africaine, le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA) et l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Retiré lors de la dernière crise (2009-2013), le retour de Madagascar s’opère progressivement. Fin 2016, Madagascar a organisé avec succès plusieurs événements internationaux : le 19e Sommet des chefs d’État et de gouvernement du COMESA (10-19 octobre 2016, à Tananarive), le 16e Sommet de la Francophonie (22-27 novembre 2016, à Tananarive) et la Conférence des bailleurs et investisseurs (CBI) pour Madagascar (1er et 2 décembre 2016, à Paris).

Du 10 au 13 septembre 2019, Madagascar a organisé à Tananarive la première Conférence des ministres africains pour la mise en œuvre en Afrique du Plan Kazan, en partenariat avec l’UNESCO, l’Union africaine et le Conseil international pour l’éducation physique et la science du sport.

Situation économique

La crise politique de 2009 a interrompu une période de croissance économique qui avait débuté en 2003. La reprise économique a commencé après la transition politique (2009-2013), mais elle reste insuffisante (4,8 % en 2019) pour assurer un réel développement du pays et de sa population.

La crise économique liée à la pandémie de Covid-19 sera un défi supplémentaire. Avec un RNB par habitant de 522 USD en 2019, Madagascar fait partie des pays les moins avancés (PMA). En 2020, l’indice de développement humain (IDH) de Madagascar reste très faible (164e place sur 189 pays et territoires). Les inégalités sociales (plus de 80% de la population vit sous le seuil de pauvreté de 2 USD par jour) et géographiques (80% de la population vit en zone rurale, parfois très isolée) sont très marquées.

Selon l’indice de perception de la corruption (IPC) de Transparency International, Madagascar est classé 149e sur 180 pays et territoires dans le monde en 2020 (degré de corruption perçu dans le secteur public d’un pays).

Madagascar bénéficie du soutien de plusieurs bailleurs de fonds. En juillet 2016, le Fonds monétaire international (FMI) a accordé une facilité élargie de crédit (FEC) de 304,7 millions de dollars américains sur 40 mois. L’Union européenne joue également un rôle majeur à Madagascar avec une programmation – Programme indicatif national (PIN) – de 492 millions d’euros dans le cadre du 11e Fonds européen de développement (2014-2020).

Madagascar occupe la 161e place du classement Doing Business 2020 de la Banque mondiale, qui mesure les réglementations commerciales et leur mise en œuvre effective dans 190 économies.

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