28 novembre 2021

Sa fille tuée lors de l’attentat de Nice, elle témoigne avec beaucoup de tristesse

Cinq ans après que sa fille de 12 ans Amie a été tuée par un terroriste sur la Promenade des Anglais le 14 juillet à Nice.

Anne Gourvès raconte ces années d’enfer qui n’en finissent pas. Lorsque l’histoire de l’indicible s’installe, elle suit son propre chemin. On s’était promis de demander à Anne Gourvès, qui évite les médias, de commencer à nous parler avant tout d’elle, car c’est de sa vie liée à la mort que nous voulions témoigner.

Et puis, seulement après, parlez-nous de sa fille Ama, tuée le 14 juillet 2016 dans la rue piétonne anglaise à Nice. Impossible. En ce jeudi de juin, Amie apparaît soudain, enfle sur la Baie des Anges, envahit, déborde. Son âme ne monte pas, elle tambourine. Elle a touché ses entrailles. Cinq ans après la mort d’Amie, elle était là, devant le restaurant Les Jardins du Capitole.

Quelques minutes plus tôt, avant le « chaos », il faut l’imaginer, nez d’aigle dans l’étrange brise froide de juillet, yeux marron foncé déchirés vers le ciel par des embruns colorés, coude à coude avec Cherine, amis pour la vie, croix de bois, Croix de Fer. Il faut les imaginer se murmurant le nom de leur amant, prenant des selfies de visages rieurs et de joues collées. Il faut imaginer.

Car Cherine, ressuscitée d’entre les morts, ressuscitée entre Mehdi, son frère et Ami, refuse de se souvenir. « L’ami n’a été qu’égratigné » Anne n’a pas survécu à l’horreur de sa fille de douze ans. Elle était là-haut sur la colline. C’est Bouchra, la mère de Cherine, qui l’a alertée. Anne est arrivée juste au moment où la vie de l’Ami se terminait par des gémissements « de l’intérieur ». «Mais il n’était qu’égratigné. Comme après être tombé de vélo. C’est moi qui ai fermé les yeux. « 

attentat nice

Cette mère debout a tout de même pu nous organiser un rendez-vous chez elle, donnant sur la promenade. Elle choisit la côte de l’autre côté de la rue Lenval. Au détour d’une urgence pédiatrique au CHU de Nice, où Amie est décédée. Toujours au même endroit où Mohamed Lahouaiej-Bouhlel a commencé sa macabre chevauchée. Nous écoutons Anna. Nous l’écouterons pendant neuf heures non-stop. Un flow sans fin qui ne s’enivre ni ne monologue. L’enseignant qui attend les questions permet le plus intime. Pensée pondérée.

En ce jour de soleil brûlant, il nous dessine un Ami. Lignes fines, mots sélectionnés. « Kangourou » est son surnom. Toujours pressée, comme si elle savait que son temps était compté.

Un adolescent dont l’aura tourbillonnait. « La souplesse et la grâce du danseur, l’énergie de l’aïkido. « Anne nous parle de sa conscience éclairée, de son combat contre le racisme depuis la sixième, de sa capacité à sublimer chacun d’eux », et même de ses « économies qui ont servi de cadeaux ». Ania ne pleure pas.

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Il sourit, les jours heureux sont revenus, l’Ami est là. Anne ne le nie pas. Fini la résilience, l’impératif de notre siècle. A partir de ce moment, Amie l’a quittée, il était exactement 23h45 le 14 juillet, elle ne fuyait pas la douleur. Elle se retrouve nez à nez avec lui, le piétine, le retourne, l’analyse. Elle s’y est noyée, a été abîmée, a avalé longuement, un triptyque quotidien de pilules prescrites par un psychiatre.

J’avais honte d’effrayer les gens » Elle avoue des nuits de deux ans et demi, recroquevillée dans le lit de son amie, une couverture sur les joues, une tache de larmes. « C’était pathologique, m’a-t-on dit. Dans les deux cas ?  » Il raconte l’histoire d’une fille perdue que vous sentez jusqu’au jour où vous devez accepter sa disparition. Final. Une vie de solitaire entre les deux extrémités des visites incontournables. Endurer la mort, être la mort qui vit dans le regard des autres, de ceux qui détournent le regard en vous voyant. « Honte d’effrayer les gens.

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Il analyse : « L’attentat du 14 juillet effraie encore tout le monde, y compris les psychiatres. « 

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Elle a repris du souffle sur le divan. Pendant que le père d’Amie écrivait 19 tonnes, en référence au camion-bélier, Anne Gourvès a gravé sur un dictaphone les images de sang et d’épouvante, le supplice de l’absence, les jours et les nuits d’épine.

Six heures d’enregistrement, témoignage de son chemin de croix, que son autre fille, Laurette, neuf ans et demi au moment de l’attentat, « écoutera peut-être un jour ».

C’est elle, la fille cadette, qui l’a « maintenue en vie ». Laurette l’a protégée. Mais lui a également jeté, tout à trac : « Maman, c’est quoi la pire façon de mourir ? ». Respiration. « J’étais un zombie. Laurette avait le droit d’être heureuse. »

Aujourd’hui, Anne Gourvès veut « rendre compréhensible l’inacceptable ». Cette femme de 47 ans, qui a grandi dans le port de Brest, dit avec fermeté : « Amie était lumineuse. Je ne veux pas ressembler au tueur de ma fille.  » Elle prend le contre-pied des journaux télévisés : « Daesh, je m’en fiche. Bien sûr, il avait regardé des films de décapitation au cours des deux dernières semaines, mais il n’avait rien à voir avec l’islam.

Ce n’était pas un fanatique. Il buvait de l’alcool. « Elle continue son argumentation : « Il terrorisait sa femme et ses enfants. Daech lui a donné une méthode toute faite pour détruire ce qu’il détestait le plus, la famille.  » Il poursuit dans sa tête : « Il est plus facile de dire que nous avons été attaqués par Daech que d’admettre que les agents du centre de surveillance de la ville de Nice ont raté onze endroits que le terroriste a fait avec son camion ! « Elle martèle : » Je ne m’abandonne pas. Je veux que la vérité soit dite. « 

A ceux qui voudraient qu’elle se taise, elle répond : « Une amie voulait être avocate ou journaliste. Quand je me bats, il est avec moi. « Sans doute plus que jamais, quand Anne condamne le prélèvement des treize organes de sa fille. Y compris son cœur. Enfermée dans des seaux blancs, elle suffoque à nouveau, deux ans après cette découverte accidentelle et sinistre. « Quel était le besoin de prélever des organes entiers ?

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Anne Gourvès a critiqué l’arbitre lors de la rencontre sans recevoir de réponse. Il grogne d’une voix froide : « Je l’ai pris pour une profanation. Ma fille a été assassinée deux fois. Par un fou et par la médecine légale. « Une question vertigineuse, depuis la pince : « Comment puis-je croire que ma fille repose en paix ? « 

Un procès en 2022

Si le terroriste est tué par la police la nuit de l’attentat, le procès se poursuivra. Huit personnes seront jugées à Paris lors d’un procès devant jury du 5 septembre au 15 novembre 2022. Les trois principaux prévenus sont poursuivis pour association de malfaiteurs et de terroristes. Une autre enquête est toujours en cours. Objectif? Vérifiez s’il y a des défauts dans le système de sécurité.

Le maire de Nice, Christian Estrosi, l’ancien préfet des Alpes-Maritimes et son directeur de cabinet ont notamment reçu le statut de témoin assisté. Le cœur de l’enquête : pas de blocs de béton, et une vidéosurveillance avant la soirée, ce qui n’a pas arrêté la volonté du terroriste malgré ses nombreux repérages.

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