26 mai 2022

Macron giflé : récit d’une campagne sous haute tension

Le président français Emmanuel Macron est giflé par un homme lors d’un déplacement à Tain-l’Hermitage, dans la Drôme, le mardi 8 juin 2021 à midi.

Le grand malaise. La gifle infligée mardi 8 juin par un homme poussant le cri de guerre royaliste « Montjoie ! St Denis ! » lors d’un déplacement dans la Drôme a suscité l’indignation unanime des responsables politiques. « J’appelle à un départ républicain, nous sommes tous concernés, il s’agit des fondements de notre démocratie », a aussitôt réagi le Premier ministre Jean Castex.

Faut-il voir dans ce geste la revanche d’une France qui se serait sentie humiliée par le chef de l’Etat et sa prétendue arrogance, comme le suggère le politologue Jean-Yves Camus ? Le geste d’un pays névrosé en pleine « Décompensation » suite aux contraintes imposées par la pandémie de Covid-19 ? Ou l’illustration d’une société qui semble avoir fait de la violence son expression favorite ? Soucieux d’apaisement, le chef de l’Etat – qui a repris mardi son déplacement comme si de rien n’était – n’a voulu voir qu’un fait isolé, commis par des « individus ultraviolents » , comme il l’a assuré au Dauphiné libéré. Article réservé à nos abonnés Lire aussi Après l’épisode de la gifle, Emmanuel Macron tente de reprendre le cours de son « Tour de France »

La violence contre les politiciens, y compris les hauts responsables politiques, n’est pas nouvelle. En pleine affaire Dreyfus, le président Emile Loubet avait été violemment frappé à la tête par le baron de Christiani au beau milieu de l’hippodrome d’Auteuil, tandis que de jeunes royalistes entamaient des bagarres parmi les spectateurs. Plus récemment, Jacques Chirac avait été insulté ( « Connard » ), tandis que l’ancien Premier ministre Manuel Valls, en campagne pour la primaire de gauche début 2017, a également été giflé en marge d’un déplacement en Bretagne. Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, avait quant à lui reçu, en 2002, un coup de couteau pour déséquilibre. Et la candidate aux législatives à Paris, Nathalie Kosciusko-Morizet, avait été bousculée dans un marché en 2017.

« À portée de crier »

Macron, qui s’est vanté à plusieurs reprises de se placer « à portée de hurlement » des Français lors de ses déplacements, a lui-même été agressé à plusieurs reprises depuis 2017. Entre les deux tours de la présidentielle, il a reproché à ses équipes de vouloir le protéger lui aussi. beaucoup, alors qu’ils tentaient de le dissuader de rencontrer des syndicalistes de Whirlpool à Amiens, dans un climat de grande tension : « Si tu écoutes les gars de la sécurité, tu finis comme Hollande. Peut-être que vous êtes en sécurité, mais vous êtes mort. »Musclé, la rencontre avec les ouvriers avait tourné à l’avantage du candidat d’En marche ! et scellé la victoire à venir.