25 mai 2022

La France suspend sa coopération militaire bilatérale avec le Mali

Paris est passé de la menace à l’action au Mali. A la suite du coup d’Etat du 24 mai, qui a porté au pouvoir le colonel Assimi Goïta, la France a décidé de suspendre « par précaution et temporairement » sa coopération militaire bilatérale avec ce pays sahélien, a confirmé au Monde , jeudi 3 juin, le ministère des Armées. Une décision qui conduit à un arrêt sine die des opérations conjointes menées par les soldats de la force française « Barkhane » avec les Forces armées maliennes (FAMa).Article réservé à nos abonnés Lire aussi Comment le Mali a connu un deuxième coup d’État en moins d’un an

L’annonce intervient alors que le Mali a connu son deuxième coup d’État le 24 mai en seulement neuf mois. Ce jour-là, le président de transition, Bah N’Daw, et son premier ministre, Moctar Ouane, ont été arrêtés puis contraints à la démission par les hommes du colonel Goïta, déjà auteurs du putsch du 18 août 2020, qui avait renversé le président Ibrahim. Boubacar Keïta, dit « IBK ».

La décision française de suspendre sa coopération militaire avec le Mali entraîne également l’arrêt des activités de formation menées par les Français auprès des militaires et des forces de sécurité maliennes. « Ces décisions seront réévaluées dans les prochains jours à la lumière des réponses qui seront apportées par les autorités maliennes » , a fait savoir, jeudi soir, le ministère des Armées.

L’armée malienne est ainsi coupée de deux de ses principaux soutiens : la France et les États-Unis. Au lendemain du putsch, les Américains avaient en effet annoncé la suspension de leur aide aux forces maliennes.

« Plus de légitimité démocratique »

Depuis 2014, quelque 5 000 hommes de l’opération française « Barkhane » ont été déployés au Sahel, notamment dans le nord du Mali, pour combattre les groupes djihadistes qui y sévissent, affiliés à Al-Qaida et à l’organisation État islamique (EI). Mais Emmanuel Macron avait laissé entendre, le 30 mai, lors d’un entretien au Journal du dimanche , qu’il ne resterait pas « aux côtés d’un pays où il n’y a plus de légitimité démocratique ». En vue, aussi, du président français : le profil des nouvelles autorités maliennes, qu’il craint plus ouvertes à « l’islamisme radical » . « Si ça va dans ce sens, je me retirerai », avait assuré M. Macron.

Les militaires maliens qui ont pris le pouvoir savaient qu’ils étaient sous la menace de sanctions françaises. Au lendemain de l’arrestation de l’exécutif malien, Paris avait menacé de prendre des « sanctions ciblées » contre les putschistes si le processus de transition ne reprenait pas son « cours normal » . Depuis, MM. N’Daw et Ouane, bien que libérés par la junte, n’ont pas été réintégrés dans leurs fonctions. C’est le colonel Goïta lui-même qui s’est installé comme président de la transition. Il doit prêter serment ce lundi 7 juin à Bamako, avant de nommer son futur Premier ministre.

Le Mali avait déjà été suspendu, il y a quelques jours, des organes sous-régionaux – Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) – et de l’Union africaine (UA) à la suite de ce nouveau coup d’État. La CEDEAO a notamment exigé la nomination d’un Premier ministre qui ne soit pas militaire mais civil et le respect de la date prévue pour l’élection présidentielle au Mali, fixée au 27 février 2022. « Des exigences et des lignes rouges ont été fixées par la CEDEAO et la L’UA doit clarifier le cadre de la transition politique au Mali. C’est aux autorités maliennes de réagir rapidement », a-t- on déclaré au ministère des Armées, jeudi en début de soirée.