28 juillet 2021

Le tabagisme augmente à nouveau pour un tiers des Français

Selon les dernières données de Santé publique France, la consommation de tabac a cessé de baisser en 2020. Elle a même augmenté chez le tiers de la population aux revenus les plus faibles.

A l’occasion de la journée mondiale sans tabac qui a lieu le 31 mai, Santé publique France (SpF) a publié les dernières données sur le tabagisme en France. D’après le Baromètre Santé SpF, ils indiquent qu’un adulte sur quatre fumait quotidiennement en 2020. Un chiffre comparable à celui de 2019, alors que la proportion de fumeurs dans le pays est en baisse constante depuis 2015. Et les inégalités sociales restent marquées, révèle l’enquête .

33% des fumeurs parmi les moins aisés

La prévalence du tabagisme quotidien a ainsi augmenté chez le tiers de la population aux revenus les plus faibles, passant de 30% à 33%. La proportion de fumeurs demeure significativement plus élevée chez les personnes ayant un niveau de scolarité inférieur, allant de 35,8% chez les personnes sans diplôme à 17,3% chez celles ayant un baccalauréat ou plus. « Dans un contexte de crise sanitaire, psychologique, économique et sociale sans précédent, l’un des défis est de rétablir une tendance à la baisse, et de renforcer encore la lutte des populations les plus vulnérables au tabagisme. », Commente la SpF dans un communiqué accompagnant la publication de ces données dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire .

» Santé publique France exprime l’idée que ces chiffres sont liés à l’ambiance sociale, aux gilets jaunes puis à l’entrée dans la pandémie. Pour ma part, je reste sur ma faim », constate le professeur Amine Benyamina, chef du service addictologie de l’hôpital Paul-Brousse. «Analyser ces données plus en détail est nécessaire si nous voulons être en mesure de développer des politiques de prévention plus ciblées. « Le phénomène observé témoigne peut-être d’un manque d’efficacité des campagnes destinées aux fumeurs: « Les populations les plus vulnérables restent les plus touchées par le tabagisme. Les messages de prévention sont-ils audibles par ceux auxquels ils sont destinés? Les discours développés sont-ils les bons? « , Demande le médecin.

Autres produits du tabac populaires

La crise sanitaire n’est probablement pas à blâmer dans cette re-augmentation de la consommation de produits du tabac chez les moins aisés. L’augmentation a en effet été observée dès le début de 2020, donc avant le premier confinement des notes SpF. Une analyse pré- et post-endiguement n’a pas montré d’évolution de la consommation au printemps 2020. Cependant, la détérioration du contexte socio-économique et la prolongation des restrictions sanitaires au second semestre. années n’ont pas été sans conséquences pour le tabagisme. Dans une récente étude BVA-Addictions France, 35% des fumeurs interrogés déclarent avoir augmenté leur consommation de tabac au cours des derniers mois. Un chiffre qui est passé à 53% chez les personnes qui consommaient plus de 10 cigarettes par jour avant le début de la crise sanitaire.

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Les restrictions sanitaires ont également modifié les habitudes d’achat des fumeurs. Le tableau de bord du tabac de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) rapporte que lors du premier confinement, les volumes de tabac vendus par les buralistes ont grimpé de 22% dans les départements frontaliers. Sur l’ensemble de l’année, les ventes de ces départements ont augmenté de 0,5% alors qu’elles accusent une légère baisse (-1,6%) dans les autres départements de France. Ce chiffre est également bien en deçà de ce qui a été observé en 2019 (-6,6%) et 2018 (9,1%). Alors que les ventes de cigarettes étaient en baisse en 2020, celles de tabac roulé à la main sont à nouveau en hausse (+ 11,5%). La popularité des autres produits du tabac (cigares, cigarillos, tabac à pipe, tabac à chiquer, tabac à priser) est également en plein essor avec une augmentation des ventes de 17,4%. « Les chiffres plutôt bons obtenus en France ces dernières années sur la consommation de tabac ne doivent pas faire oublier que pendant cette période, l’industrie du tabac reste très active dans la commercialisation d’autres produits, notamment le tabac chauffé, dont on sait pourtant qu’il a aussi des effets sur la santé » , Prévient le professeur Benyamina.

Certains fumeurs agitent leurs cigarettes comme une bannière de liberté, encore plus après des mois de restrictions sanitaires. «Ne vous y trompez pas, la dépendance est par définition une perte de liberté précisément par rapport à sa consommation» , rappelle le Dr Hervé Martini, secrétaire général de l’association Addictions France. En 2020, un tiers des fumeurs auraient tenté d’arrêter pendant au moins une semaine, note l’OFDT. «Mais si vous ne voulez pas ou ne pouvez pas arrêter de fumer, il est important de garder à l’esprit que réduire votre consommation est déjà une étape importante» , souligne Hervé Martini.

«L’amélioration des conditions de remboursement des substituts nicotiniques a été un véritable levier pour soutenir le sevrage tabagique. Il ne faut pas non plus négliger ce qu’un appareil non médicamenteux comme le vapotage peut apporter » , rappelle Amine Benyamina. Sujet de débat au sein du corps médical, le vapotage n’est pas toujours proposé aux fumeurs souhaitant arrêter. «La vapoteuse n’est pas la panacée, mais c’est un outil de plus dans l’arsenal à notre disposition et quand elle peut aider à réduire ou arrêter la consommation de tabac, il ne faut pas s’en priver» , ajoute Hervé Martini.

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